Le Grand Bal
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SYNOPSIS


C’est l’histoire d’un bal. D’un grand bal. Chaque été, plus de deux mille personnes affluent de toute l’Europe dans un coin de campagne française, à Gennetines, dans l’Allier. Pendant 7 jours et 8 nuits, ils dansent encore et encore, perdent la notion du temps, bravent leurs fatigues et leurs corps. Ca tourne, ça rit, ça virevolte, ça pleure, ça chante. Et la vie pulse.

Festival de Cannes 2019, Sélection officielle


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Chaque été, dans l’Allier, des milliers de personnes venues des quatre coins de l’Europe se réunissent pendant sept jours et huit nuits pour participer au Grand Bal. Laetitia Carton nous immerge dans un univers parallèle, sorte de royaume enchanté et hors du temps où les contraintes du quotidien disparaissent pour laisser place à la pure joie de la rencontre éphémère, de l’échange et de la découverte. L’intensité de cette expérience transparaît à travers les multiples plans de danseurs, couples qui tournoient sur des airs d’accordéon, main dans la main, visages collés, yeux fermés. Contrairement aux idées reçues, cette manifestation n’est pas l’apanage de sexagénaires esseulés: des danseurs de tous âges, de toutes origines, de taille et de corpulence variées s’y côtoient sans distinction. Et l’addiction est telle que la danse contamine tous les espaces, que la musique s’infiltre partout: on esquisse quelques pas de polka sous les chapiteaux mais aussi en journée dans les allées, derrière le bar ou encore à la cantine, le plateau-repas en équilibre sur une main. Et après la fermeture des parquets à 3h du matin, les «œufs» sont l'occasion de poursuivre la fête autrement.


La documentariste transmet ainsi son émerveillement pour cette forme de communion dans la danse sans toutefois idéaliser une expérience qui par moments se révèle ingrate – quel danseur n’a pas connu ces «de turbulence» selon les mots de la documentariste elle-même, ces moments de gêne, de frustration, ou de discordance sur la piste? C’est que la danse se vit autant comme rencontre de l’Autre que comme approfondissement de la connaissance de soi: «», nous dit Laetitia Carton, «’est prendre le risque du chaos, des rendez-vous manqués, de la confrontation à ses propres limites, mais aussi de l’addiction à l’espoir.»


Participer au Grand Bal et en rendre compte dans un film, c’est également pour Laetitia Carton une manière de ressusciter un patrimoine régional enfoui, de redonner vie à un monde lié aux coutumes locales, aux souvenirs de jeunesse, aux histoires d’une grand-mère aujourd’hui disparue. La réalisatrice trouve la distance parfaite avec son sujet à travers un récit en voix-off discret et intermittent. (.) Elle cherche à faire œuvre de transmission, montrant sans s'appesantir les spécificités de la mazurka, du branle de Noirmoutier, du quadrille anglais, de la danse cajun. Au détour d'un atelier, un professeur napolitain remémore aux participants les origines de la tarentelle, à la fois danse endiablée et rite d'exorcisme. Danser revient ainsi à ressaisir par le corps l'histoire des peuples et des lieux. Mais on aurait tort de voir dans le Grand Bal un film nostalgique, tourné vers le passé. Contre le sentiment contemporain de fragmentation du monde, d’impuissance politique, ou de solitude, la danse est filmée comme une forme d’utopie vécue, rituel communautaire festif caractérisé par l’ouverture à l’autre.


D’une certaine manière, danser, c’est reconstruire le monde, lui redonner sens. La réalisatrice consacre le dernier quart du film au cercle circassien, danse collective filmée comme une immense étreinte, et qui donne lieu à une séquence chargée d'émotion car porteuse d'un idéal fraternel.

  

Laetitia CARTON

Née en 1974 à Vichy, Laetitia Carton suit l'enseignement de l'école supérieure des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand, puis se consacre au cinéma. Après une rencontre avec Jean-Pierre Rehm, directeur du Festival international de documentaire de Marseille et la découverte du documentaire de création lors d’une formation à l’école d’art de Lyon, elle décide de suivre un master de réalisation documentaire à l’école d’Ardèche Images.

Son film de fin d’études, D’un chagrin j’ai fait un repos, est largement diffusé et lui permet de voyager jusqu'à Cuba, où il remporte un prix. Elle réalise en 2009 un premier film pour la télévision, La pieuvre, sur une maladie génétique neurodégénérative qui décime sa famille, la maladie de Huntington. En parallèle, elle écrit et commence dès 2006 à tourner un film avec la Communauté Sourde, autour de la langue des Signes, qu'elle terminera neuf ans plus tard. J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd sort en salle en janvier 2016. Entre temps, elle réalise pour le cinéma le portrait de son ami Edmond Baudoin, auteur de bande dessinée, qui sort en septembre 2015. En 2018, elle sort son quatrième long métrage documentaire Le Grand Bal , sélectionné à Cannes en 2019.







Si ce documentaire est le récit autobiographique d’une passion familiale pour la bourrée, la mazurka, la valse ou encore la tarentelle, il est surtout une formidable expérience sociologique. Dans ce petit monde en vase clos, la vie en groupe s'enregistre en effet sous une forme épurée. Elle révèle ses invariants, par exemple la tendance de tout collectif à l'exclusion: sur les parquets cirés de la piste de danse, les femmes âgées, les danseurs inexpérimentés, sont souvent mis à l'écart. La micro-société de ce grand bal coupé du monde ne ressemble donc pas à une utopie, mais elle paraît tout de même se réinventer, s'humaniser, en accordant une place essentielle à l'échange et au partage de la passion de la danse.


Mais, là où L’Assemblée raconte l’échec à donner vraiment « voix » à une parole commune, Le Grand Bal ne cesse de filmer l’incarnation radieuse de ce microcosme à visage plus humain. Forcément, Le Grand Bal est une histoire du corps – celui des danseurs qui apprennent à se regarder, à se prendre la main, à se faire confiance par-delà les mots. La caméra à l’épaule de Laetitia Carton nous immerge au plus près des participants, traque l’échange d’un sourire, d’une invitation à danser, l’étreinte des mains et des corps, leurs mouvements virevoltants dans l’ivresse d’un seul et même rythme. La beauté sidérante du Grand Bal tient ainsi à ces moments solaires d’épiphanies indicibles, où le temps reste suspendu. Dans les deux plus belles séquences du film, filmées dans de longs plans larges, des centaines de danseurs se tenant par la main semblent ainsi ne former qu’un seul corps exultant, une longue vague au flux et reflux ondoyant au rythme des violons, d’un accordéon, d’une voix. Ce que capte alors Laetitia Carton c’est avant tout ce formidable « tourbillon de la vie » chanté dans Jules et Jim de François Truffaut, ce moment où le tempo de l’existence, éprouvé collectivement et physiquement, devient si intense qu’il irradie littéralement les images.

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